OMNI : Objet de Médiation Non Identifié
Ma pratique est née d'une vision scientifique du monde — attentive, curieuse et rigoureuse. Je vis à l'intersection de deux langages : celui de la science et celui de l'art. Le premier m'a appris à poser des questions claires ; le second m'a donné la liberté d'y répondre de façon inattendue.
J'ai une volonté de renouveler les formats de la médiation, nourrie par une connaissance de la variété des démarches artistiques. Je vous présente ainsi les OMNIs : Objets de médiation non identifiés.
Ces objets sont des installations immersives qui s'inscrivent dans le champ de la médiation, avec l'objectif de décloisonner la médiation vers des formats artistiques. J'étudie la possibilité de travailler à la frontière de la médiation et de l'art, me dirigeant vers des créations artistiques qui servent le but de médiation.
J'accorde de l'importance à la vitalité de l'objet : son énergie, sa capacité à toucher. Mes installations ne sont pas toujours parfaites ou durables : elles peuvent être faites à la main, délicates, temporaires. C'est un choix assumé : les créations qui demandent une approche attentive, comme des êtres vivants, ou qui portent une touche d'imperfection, telle une empreinte génétique unique, nous invitent à nous arrêter, à nous concentrer, à ressentir.
Mes OMNIs :

Fragile
Cette installation est une incarnation artistique des concepts fondamentaux de l'informatique quantique, transformés en une expérience sensorielle. La fragilité constituant un défi majeur pour les systèmes d'informatique quantique actuels, elle est placée au cœur même de l'œuvre.
Sur le plan structurel, l'installation représente un qubit logique, sa structure interne, ainsi que la manière dont celle-ci est transformée par certaines portes logiques.
La partie inférieure de l'installation est constituée d'une courbe hélicoïdale ascendante, d'aspect fluide, qui retrace la trajectoire d'un qubit logique sur la sphère de Bloch sous l'action de trois portes quantiques successives à un qubit : Hadamard, Pauli-Z, puis à nouveau Hadamard. Ensemble, ces portes transforment l'état ∣1⟩ en l'état ∣0⟩. L'épaisseur physique de cette courbe fait allusion à l'imperfection réelle des états quantiques, suggérant subtilement l'intérieur de la sphère de Bloch, où la décohérence opère.
Au sommet de cette trajectoire se trouve le qubit logique lui-même, matérialisé sous la forme d'un réseau de code de surface composé de 17 qubits physiques (neuf qubits de données et huit qubits auxiliaires). Ici, les qubits physiques sont représentés par des sphères de verre scintillantes, évoquant les sphères de Bloch. Leurs états quantiques étant préservés avec une grande précision, ces sphères lumineuses incarnent les entités éthérées de l'ingénierie des ordinateurs quantiques : immaculées, isolées, mais extrêmement vulnérables.
Des liens fins comme des cheveux, reliant certaines des sphères et recouverts de grains de sable très fins, illustrent les interactions entre les qubits de données et les qubits auxiliaires. Ils donnent corps à une fragilité poignante, presque fatale, étroitement liée à une extrême complexité, évoluant à la lisière même du chaos de la décohérence environnementale.
Cette œuvre invite le spectateur à appréhender le formalisme quantique sous un angle nouveau. Les formes organiques invitent à repenser la frontière entre le formalisme et sa matérialisation concrète.
Le cœur de cette installation réside dans sa sensibilité aux perturbations extérieures. Cette œuvre ne peut être touchée. Elle fait écho à un profond paradoxe de l'ordinateur quantique : alors même qu'un système peut donner l'illusion d'une solidité métallique, il est en réalité profondément fragile.

Decision Threshold
Cette installation s'inspire de l'alerte nucléaire erronée survenue en Union soviétique en 1983, lorsqu'une réaction rapide et réfléchie d'un ingénieur empêcha une frappe nucléaire par erreur et un possible apocalypse atomique.
Avec l'évolution des armes et de l'intelligence artificielle, la question de systèmes de défense nucléaire contrôlés par l'IA se pose. Mon installation rappelle les dangers qu'il y a à confier un tel pouvoir destructif à une « intelligence » incapable de comprendre ce que signifie réellement l'apocalypse.
Dans le coffre gris se trouve une simulation artistique d'un tel système. La main et son index réagissent au niveau de menace, se rapprochant progressivement du bouton à mesure que le danger perçu augmente.

L'univers ouvre les yeux au Délirium (Avignon, France)
L'univers ouvre les yeux
Nous faisons partie de l'Univers. En réalité, nous sommes l'Univers - l'Univers devenu conscient de lui- même (« principe anthropique »).
Du Big Bang à l'émergence de la pensée, cette œuvre suit le fil de l'évolution cosmique jusqu'à nous, ici et maintenant.
J'ai utilisé des miroirs pour amplifier le sentiment d'appartenance — et permettre à chacun de ressentir sa place dans cet ensemble immense.
Faites connaissance avec mon œuvre. Elle est vivante, elle respire.